Chacun le rêve, Garcin le fait. Se multiplier. Etre présent en plusieurs lieux à la fois. Posséder ce don que les mythes et les légendes n’attribuent qu’à quelques dieux : l’ubiquité.


Ce photographe est il un sorcier ? A sa manière oui.

Un outil, une idée et le tour est joué. Mais n’est pas sorcier qui veut....

Portion de réel et suspension du temps, l’alchimie photographique est déjà en soi une opération magique. Il est bon, dans une époque saturée d’images, de retrouver un peu d’émerveillement naïf des premiers temps, de ceux où, (comme parfois dans certains pays primitifs), l’on pensait que l’image d’un homme était encore cet homme.

Gilbert Garcin est un sorcier naïf. Son portrait, sa photo, son effigie, c’est encore lui. Il n’en doute pas. Cette icône grandeur nature (une buste de 74 cm. en carton...) peut alors voyager à sa guise : je suis ici et je suis là, je peux parcourir tous les ailleurs, je peux rencontrer tous les lointains. Mais n’est pas naïf qui veut... Au pays des photographes, il fallait oser ce tour de passe-passe. .

Il fallait, diraient les gens du crû, « formuler le concept ». Bref , il fallait tout de même préparer le voyage. Et ce n’est pas aussi simple que l’on croit.

Il fallait aussi pouvoir compter sur le complicité active de tous les artistes photographes qui, chacun à leur façon, accueillent le voyageur. Parce qu’il est aimable et humble Garcin est toujours bien reçu. Et parce qu’ils comprennent le sens de sa visite, chaque magicien lui fait les honneurs de son petit coin de terre, de son territoire ou de son home. Chacun le fait entrer dans une partie de son histoire. Et en même temps, par la grâce d’un portrait sans bagage, c’est une histoire collective qui s’écrit à chaque étape. Car c’est vraiment trop bête. il y a tant de pays à voir, tant d’êtres à connaître... Garcin ici, Garcin par là. C’est aussi une belle leçon d’optimisme artistique. Omniprésent, le voyageur s’efface chaque fois devant celui qu’il visite, accepte ses usages visuels.


Nous voudrions tant, peut être, que notre vie soit une œuvre. Faisons alors, nous dit le photographe, une œuvre collective.

Partageons nos folies douces, écrivons ensemble le sentiment de notre inachèvement pour proclamer la tout puissance de notre conscience...

Si, comme l’écrivait Lamartine, l’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux . Gilbert Garcin ne se satisfait pas de ces souvenirs.

C’est ici et maintenant qu’il veut être dieu. Avec humour, avec esprit, avec talent, il prouve que tout est possible à ceux qui gardent en eux le désir, à ceux qui ne renoncent jamais.

Vous n’y croyez pas ? Regardez ces photos. jureriez vous qu’il en soit absent ?


Yves GERBAL

 

 

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