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PHOTOGRAPHIE ET ECRITURE : PAROLES PLURIELLES

J’ai le plaisir de vous présenter quelques textes parmi ceux publiés par Paroles Plurielles.
Il y en a une bonne cinquantaine sur le site : http://coumarine2.canalblog.com
Gilbert Garcin

« Paroles Plurielles est un blog d'écriture né en novembre 2005. Animatrice d'ateliers d'écriture, j'ai eu envie de proposer aux internautes un atelier en ligne. Je propose donc tous les quinze jours une consigne d'écriture, sur base d'une photo qui m'a touchée, ainsi qu'un incipit qui doit commencer chaque texte.

Le blog a rencontré rapidement un grand succès. Environ 50 textes sont publiés par consigne, tour à tour émouvants, drôles, farfelus ou poétiques.

Le blog fonctionne sur le principe de la convivialité, chacun y est le bienvenu, soit pour proposer un texte, soit pour commenter les textes publiés.

Voici les textes écrits sur base de la photo de Gilbert Garcin Le Témoin. L’incipit proposé était : : « j’ai presque une heure d’avance »

Coumarine coum.coumarine@gmail.com

 

Cousu main (Elvire)
J’ai presque une heure d’avance.
Juste le temps de me réciter une dernière fois ce qui fit le cours de ma vie : quartiers, languette, claque et baguette, glissoirs et contreforts ….
Je tiens entre mes doigts repliés cette photo que je laisserai sur son bureau .
Vingt ans que je bosse dans cette boutique. Vingt ans de ma vie à vendre des chaussures.
Du grand luxe, du cousu main, du haut de gamme, messieurs dames !
Aujourd’hui, j’ai presque une heure d’avance et c’est la vie qui me rattrape.
Elles sont devenues ringardes nos chaussures, elles ont pris du retard sur le temps.
Et moi avec.
Un matin, ils ont parlé de moi comme d’un senior. Senior, c’était le début de la fin.
Comme les clients se faisaient rares, trois vendeurs à chaque pied, ça en devenait presque risible.
Sauf que j’ai fait ma vie dans la chaussure.
Qu’importe mon costume, ma tête d’homme sérieux et mes allures rassurantes, sans mes chaussures, je suis un homme bien nu…
Alors voilà, j’ai reçu ma convocation pour l’entretien préalable dans les délais légaux.
Juste le temps d’aligner sur le sable tous les richelieux qu’il me restait en fond de stock. Il pourra le vérifier : l’alignement est parfait, tout comme l’était la conception sans faille de ce modèle à la fois simple et cependant très chic.
Au centre de cette architecture, je me suis mis à nu. J’ai quitté mes bottillons. Sans mes chaussures, et même avec ma belle allure, mon manteau sombre et mes belles manières, je ne suis plus grand-chose.
Voilà, j’ai presque une heure d’avance. Dans deux heures désormais, je serai un soi-disant homme libre… Je laisserai ma photo sur son bureau, et je m’en irai seul.
Autrefois, les esclaves seuls marchaient nu-pieds.
Je ne suis même plus un esclave. Juste un vieil homme. Trop vieux pour le boulot.


Nouveau look (Cassymary)
J’ai presque une heure d’avance. Ca me stresse l’idée d’être en retard, et du coup, ma démarche en pâtit. Je préfère tant pis, arriver bien avant l’heure, quitte à faire les cents pas.

Mais il est déjà là!

Il se tient bien droit, presque au garde à vous, juste la tête légèrement penchée. Il est assez âgé. Je me mets à douter de mes capacités à le persuader, que je suis celle dont il ne pourra bientôt plus se passer.

Il est certes assez bien habillé, ce qui lui donne une allure qui doit en impressionner plus d’une. Mais sur son visage impassible, je devine un regard pétillant. Il cache, j’en suis persuadée, sous son faux air autoritaire, un caractère débonnaire et un brin malicieux.

Tout autour de lui, des centaines de paires de chaussures, impeccablement alignées, parfaitement cirées, au laçage exemplaire. Il les passe en revue, les détaille une à une, silencieux et pensif.

Je prends mon courage à deux pieds et je m’avance vers lui, traversant d’un pas alerte cette marée de chaussures tristes et presque résignées.

- « Bonjour! Désolée d’être en retard, mais j’ai oublié de changer d’heure. Quelle étourdie je fais! Vous n’avez pas froid aux pieds? Vous allez vous enrhumer! »

Mon rouge éclatant et mes semelles de gomme jurent avec l’air ambiant.

- « Vous ne le savez pas encore, mais m’essayer c’est m’adopter! »

Il baisse enfin les yeux sur mes lacets mal ajustés. Quelques secondes passent. L’ambiance est glaciale. Me serais-je trompée?

Mais non! Le voilà qui me sourit.

- « Voilà une paire de pompes qui ne manquent pas d’air. Et je vous trouve bien hardies pour des chaussures à peine vernies ».

Il glisse ses pieds dans mon cuir gras tout frais. Je crois que j’ai gagné.

- « Enfin un peu de fantaisie dans ma vie! »

Il a l’air ravi d’avoir enfin trouvé chaussure à son pied.

Et tout en congédiant les autres prétendantes, Monsieur Noël se dit qu’à partir d’aujourd’hui, c’est tout en rouge, de la tête jusqu’aux pieds, qu’il ira travailler.
fin prêt
J’ai presque une heure d’avance sur eux, mais j’aime être fin prêt quand ils arriveront. Et c’est du boulot !

Fin prêt (Aubade)
D’abord, préparer la plage : enlever tout débris, coquillage, trace d’algue ou déchet abandonné par les estivants de la saison passée. Puis, égaliser, égaliser, encore égaliser : il faut une surface parfaitement plane, parfaitement lisse, parfaitement horizontale. Puis ratisser, deux fois, perpendiculairement. Le plus difficile, c’est bien sûr d’aligner les chaussures. J’en ai prévu 143 paires, absolument identiques : cela fera 12 rangées de 12 paires, moins une, au centre : ma place. J’ai passé trois jours sur mon ordinateur pour calculer la pointure idéale des chaussures (c’est du 42,5), la meilleure distance entre les paires afin d’obtenir quelque chose d’harmonieux, quelque chose qui satisfasse le regard, qui fasse dire « c’est évident, c’est exactement comme ça que ça devait être. » Le résultat ? il faut 83 cm exactement entre les talons d’une rangée et les pointes de la rangée suivante, et 91 cm entre les bords latéraux des chaussures de deux colonnes successives. Au centre, j’ai dessiné précisément l’endroit où j’allais mettre mes pieds. Tout cela est rendu plus difficile quand il y a un peu de vent qui fait voler le sable : il faut épousseter les chaussures, et remettre les lacets en place : les deux boucles doivent être exactement de la même longueur (3cm), et les pointes ne peuvent pas toucher la semelle.

De plus, je ne dois laisser aucune trace dans le sable ; tout ce travail se fait un râteau à la main ; un râteau à très fines dents, vous comprenez ?, afin d’aplanir le sable au mieux au fur et à mesure de mes déplacements, qui doivent donc se faire à reculons.

Enfin, tout semble prêt. Je n’ai plus qu’à prendre ma place au centre, mettre mes pieds nus exactement à l’emplacement dessiné au centre, toujours en ratissant derrière moi pour effacer mes dernières traces, et c’est prêt. Fin prêt !

Il me reste une heure à attendre, immobile, bien droit, impeccable dans mon costume gris. Puis, les photographes vont arriver. La photo sera parfaite. Coumarine sera contente : elle la mettra dans la prochaine consigne : la consigne 43.


Je suis prêt (Yedidia)
J’ai presque une heure d’avance. C’est bien. J’avais tellement peur d’avoir un ennui en route que je suis parti très tôt. De toute façon, je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai tout préparé, vérifié, répété. J’ai inspecté le costume qui sortait de chez le teinturier. J’ai parcouru mentalement l’itinéraire que je devais suivre, répété les consignes, visualisé le lieu du rendez-vous. Je n’ai rien pu avaler au petit-déjeuner et je suis parti sans traîner.

Voilà, derrière cette dune, ce sera là. Tout est conforme au plan. C’est à moi
maintenant.

Mais… Pourquoi ces chaussures ?
Est-ce tout ce que les autres ont laissé ?
Fallait-il prendre ses chaussures ?
Ils m’ont bien précisé pourtant de venir nu-pieds !
Ou bien… aurais-je mal lu ? Mal mémorisé ?
Ont-ils cherché à me tromper ?

Une heure, et pas le temps de rentrer vérifier…
Ne pas s’effondrer.
De la dignité.
Attendre…

S’il vous plaît !
Venez me chercher.

Ils ne les auront pas (Cassandrali)
J’ai presque une heure d’avance… J’ai appelé, ils ont dit qu’ils seraient là dans une heure. Quand j’y repense… Il leur en a fallu des heures pour comprendre, résoudre cette affaire. C’est rien une heure dans une vie, mais elles ont été longues ces dernières années pour tous ceux qui ont travaillé sur cette affaire ! Combien déjà depuis le premier ?
15 ans ! Oui… 15 ans…
Un soir de novembre, dans une impasse, le corps d’un homme est retrouvé gisant sur le trottoir, couvert de sang et les pieds nus. Etranglé, puis poignardé. D’autres meurtres dans la même année, 4, et autant les années suivantes, toujours dans les mêmes conditions. Une vraie énigme pour la police !
Et puis, les méthodes scientifiques sont arrivées, elles leur ont permis de découvrir de nouvelles pistes. Pas d’ADN, non, mais de précieux indices : tous ont été étranglés avec des lacets, poignardés avec une alêne… Ils ont établi le profil du tueur : un cordonnier ou un vendeur de chaussures. Celles-là mêmes qui étaient retirées aux victimes. Toutes venaient de la même boutique, bien que les meurtres aient eu lieu dans des villes différentes.
J’y fabriquais des chaussures de qualité dans cette boutique, des sur mesures, faites avec des cuirs de première classe, tannés des heures durant à la main…
Fallait en prendre soin, bon sang !
Ils les ont négligées, abîmées… Ils ne les méritaient pas !
Je les ai sauvées, je leur ai redonné une autre vie… Elles sont là, autour de moi… Hein mes belles ?
Ils arrivent, j’entends leurs sirènes. J’entends la vieille porte de la grille crisser…
« Allez… Adieux mes belles ! »
Dans la presse le lendemain : «…En poussant la grille de la propriété, la police a déclenché l’explosion de l’usine désaffectée. Le feu a envahi instantanément l’entrepôt. Le corps calciné du tueur aux godillots, qui s’était rendu une heure avant, a été retrouvé au milieu d’un amas de chaussures carbonisées.»


Du Temps pour Autrui (Querelle)
J'ai presque une heure d'avance, mais je ne suis pas là, pas là encore pour toi, et disposé à l'être. Mon corps m'a précédé dans cette démarche de te voir, de t'entrevoir, de te confronter. Autour de moi les plates symphonies de la vie urbaine, ces multiples sons qui bourdonnent, s'enchevêtrent, ces mille et un bruits de pas claquant contre l'asphalte, qui m'entourent,
qui m'oppressent.

Procession : dix mille chaussures et moi silencieux au milieu, dans ce désert bruyant. Extension de moi-même à l'infini, dans les regards que je jette dans le vide, pour t'apercevoir, et sur ma montre, qui n'a plus de cadran, car l'heure s'est dissolue dans l'attente même qui l'a créé, sur ma montre qui n'est plus qu'une surface plane apposée à mon poignet.

« Monsieur, me dit une femme, voici vos chaussures. Vous les avez enlevées, il me semble. »

Je ne comprends pas ce qu'elle me dit, parce que je ne la vois plus, du moins telle que je devrais la voir : elle est devenue bruit, elle est devenue chaussure dès lors qu'elle s'est tue, s'est éloignée de moi, la chair dissolue dans l'espace béant.

Néantisation :

Autour de moi, le monde s'est effondré d'un brusque mouvement circulaire. Planétaire.

Néantisation de ne voir plus les chairs et des uns et des autres, mais tout d'abord leurs chaussures, leurs pantalons et des montres sans cadrans flotter dans l'espace, étrange circonvolution.

J'ai compris pourquoi j'étais en avance : Je ne voyais plus les autres

Sinaï 67 (Hériçon)
J'ai presque une heure d'avance... Une heure qui a duré quarante ans c’est si peu à l’échelle de l’humanité.

Le Sinaï 1967 la déroute. Goliath avait décidé d’écraser David. Son armée, équipée de neuf avait lamentablement échoué dans le désert, dans un gigantesque fatras de matériel militaire abandonné.

De pauvres bougres partis la fleur au fusil, voyaient impuissants l’Horreur porter son regard sur eux. Dans leur fuite ils s’étaient déchaussés afin de courir encore plus vite.

Je revois cette scène ; à perte de vue par milliers, des chaussures neuves abandonnées dans le désert. Je sens encore la morsure du sol brûlant sous la plante de mes pieds. Ce jour là j’avais fait plus que fuir j’avais déserté. Je n’ai plus jamais porté d’uniforme.

Nos deux pays sont désormais en paix, c’est la plus belle des victoires. C’est un peu la mienne n’en déplaise à la cour martiale de l’époque.

Dans mes vingt années de prison, ils m’ont tout pris sauf mes rêves. C’est pour ça qu’aujourd’hui je suis là, « à l’ordre » dans un « garde à vous de la Paix ».

Si tous les soldats du monde, lorsqu’ils reçoivent l’ordre de partir en campagne pouvaient se rassembler et dans un défilé planétaire, déposer leurs armes, leur barda, leurs engins de mort.

Si tous les soldats du monde désertaient, quel grand pas ferait l’humanité !


Au bord du gouffre (Arthur Hidden)
J’ai presque une heure d’avance. Peu à peu arrivent les autres paires de chaussures supportant leurs militaires. Elles s’alignent impeccablement sur moi. Eux repartent, péniblement, pieds nus.

Un des médecins généraux toussote. Est-ce l’américain, le chinois, le français, le britannique ou le russe ? Derrière eux les cabines de traduction simultanée cessent de bourdonner car l’homme s’est tu. De leur jugement à eux cinq dépend la paix du monde. Soit ils certifient que l’homme n’est pas manipulé, soit …

Cela faisait quinze ans que les soldats du Taratistan devaient tous les matins, sous les regards de la communauté internationale, déposer leurs chaussures parfaitement rangées en lignes et en colonnes dans le désert. C’était le seul moyen de contrôler les velléités hostiles de ce pays au potentiel nucléaire secret. Vers dix heures les satellites espions des grandes puissances comptaient les paires de chaussures soigneusement alignées. Rien d’anormal n’avait été constaté jusqu’à ce quinze février 20XX où au centre du treillis, à l’intersection d’une ligne et d’une colonne, à la place d’une paire de chaussure était apparu ce qui ressemblait à un homme debout. Le président américain, en accord avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité, avait immédiatement envoyé un drôle prendre la photo qui avait fait le tour du monde. On y voyait, au milieu des chaussures, un homme en costume sombre, tête nue et pieds nus. La divulgation de cette inquiétante photo avait déclenché une épouvantable panique. Les prix de l’or et du pétrole avaient été multipliés pas trois. Les bourses avaient baissé de vingt-cinq pour cent. Les grandes puissances avaient mis leurs forces nucléaires stratégiques en alerte maximale. Le Taratistan protesta de son innocence mais personne ne le crut. D’où la Commission des médecins militaires chargée d’interroger l’homme de la photo. Le monde retenait son souffle.

C’est le médecin russe qui parle au nom des cinq devant les caméras du monde entier. La Commission certifie que l’homme de la photo est frappé d’un trouble rare mais nullement exceptionnel : il se prend en toute bonne foi pour une paire de chaussures militaires. Il a cru faire son devoir en précédant les autres dans le désert ce quinze février 20XX. Les représailles militaires contre le Taratistan n’ont pas lieu d’être.


Vous avez dit "chaussures" ? (Sodebelle)
— J’ai presque une heure d’avance, excusez-moi. …

— Je le constate, je ne vous attendais pas si tôt, venez.

L’escalier est raide, il me suit et cela me gêne, je me dépêche et m’allonge. Il y a une faille au plafond. Il s’assied.

— Il y avait cet homme sur la plage, planté au beau milieu d’un champs de chaussures qui s’étendait à perte de vue, comme un cimetière militaire ; des chaussures d’hommes, toutes identiques, fines, neuves, bien cirées ; un modèle élégant, légèrement montant, avec un talon de trois centimètres…

Le soleil était bas, les ombres étaient longues et tristes comme moi. J’avais froid. L’homme portait un manteau épais et un pantalon trop court mais il était pieds nus. Avec toutes ces godasses à sa disposition ! Quelle provocation…

Il n’avait même pas de choix à faire, l’imbécile, puisqu’elles étaient toutes les mêmes ! Il fallait juste qu’il agisse, qu’il passe à l’action, qu’il arrête de penser…

— Vous êtes en colère ?

— Oui parce qu’en plus, il ne me regardait pas, il m’ignorait complètement comme si j’étais transparente ou pire, inexistante. Mais j’existe, j’existe, non ?

— Et ensuite ?

— Je l’ai appelé et au moment où il a tourné la tête vers moi, je me suis rendu compte que j’étais nue, complètement nue, à l’exception d’une paire de bottines.

Je ne comprends pas, ça n’a aucun sens, expliquez-moi.

— Vous avez dit des « choses sûres ». C’est bien, restons-en là pour aujourd’hui, vous progressez.

Je vous vois la semaine prochaine, tâchez d’arriver à l’heure ! ».

Il sourit et me précède dans les escaliers qu’il dévale sur la pointe des pieds.


Parade ou pavane ? (Largo)
J'ai presque une heure d'avance. Toujours le premier, j'adore parader dans la cour. Je m'imagine de nouveau à l'école militaire. Les copains dorment encore. Alors, moi je me les représente par leurs godasses alignées à la perfection. L'idée des godillots me convient. C'est plus facile pour repérer exactement ma place et puis aujourd'hui, les jeunes n'ont plus le sens de la discipline. Ils ne votent même plus pour le Général !
Moi, je suis pieds nus. Je sais, l'infirmière va encore me gronder. Elle est bien gentille et dévouée, mais elle ne peut pas savoir. Ce n'est pas drôle d'avoir la goutte.
D'habitude, je n'aime pas mon profil bedonnant, mais avec le temps et en civil, cela me fait un peu ressembler au Général, de loin bien sûr.
Le " général ", c'est le surnom que les autres pensionnaires du home, en grande majorité des dames, m'ont donné. Je l'ai entendu, mais je me sens plutôt flatté. Si elles savaient … que j'ai été pensionné avec le grade de colonel et une cirrhose de 1ère classe !
Moi, je ne me commets pas avec les accros de tournois de bridge. C'est trop de familiarités et puis, je ne voudrais pas ridiculiser l'armée.
Par chance, les dames de tout repos ne sont pas toutes comme ça. Oui, il y a Isabelle. Oui, nous nous appelons par nos prénoms. Oui, nous faisons de longues promenades ensemble. Nous pouvons parler de tout et commenter longuement nos lectures. Le soir, je m'endors souvent en rêvant d'elle à contre jour quand le soleil joue avec les flocons de ses cheveux blancs… Elle est adorable.
Nous nous voussoyons, bien sûr, mais nous avons une telle complicité ! Elle est devenue une amie. Une vraie ! , presque une compagne.
A tel point que si c'était à refaire, je crois que je ne serais plus célibataire et que je ferais carrière dans l'affection.