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Une série de tirages du photographe Gilbert
Garcin intitulée « Simulacres » a été
présentée à la FNAC Bellecour de Lyon. Un
simulacre est, littéralement, une «apparence sensible
qui se donne pour une réalité» . Peut-être
que Gilbert Garcin tend à signifier par là cette
distance (entre apparence et réalité) et ce, doublement.
Premièrement, il nous donne à penser différentes
facettes de la vie humaine qui sont surtout dominées par
l’illusion – l’illusion d’être libre,
de pouvoir s’échapper, de ne pas être seul…
– et il donne à voir ces illusions par le biais de
photographies qui sont elles-mêmes (par leur nature de «
traces » sur un support en deux dimensions mais aussi par
une juxtaposition habile de mises en scènes miniatures
avec d’autres à taille réelle) des simulacres,
des simulations de la « réalité ». La
nature du medium photographique producteur de «traces»
trouve donc un écho dans les significations mêmes
de ses clichés. Secondement, son œuvre semble témoigner,
d’une façon générale, de l’ironie,
de l’humour et de la lucidité qui l’habitent
- où la distance, le recul par rapport à soi-même
prévalent donc. Le photographe se met en scène,
de manière récurrente, dans des situations qui traitent
de (ses) problèmes existentialistes et «philosophiques»
– si l’on entend par ce terme une distance, un doute
qui font partie intégrante de toute réflexion authentique.
La distance, l’humour règnent au sein de ces clichés
allégoriques et intemporels qui prennent forme dans un
lieu indéfini, si ce n’est – et c’est
là l’essentiel - par le cadre rectangulaire de la
photographie qui peut être mis en abîme dans certaines
images. Celles-ci invitent le spectateur à adopter à
son tour et en retour cette position distanciée, redoublant
le regard de l’artiste sur ses photographies. Il s’agit
alors d’une mise en abîme (du cadre dans le cadre)
au carré (redoublée par le regard du spectateur).
Les photographies de Gilbert Garcin mettent souvent en jeu, outre
le photographe lui-même, des cadres de tableaux, des cadres
dans des cadres mais aussi le photographe dans un cadre, se penchant
au-dessus du rebord d’un cadre, entrant dans le tableau
en montant sur le cadre, etc. Le bord horizontal inférieur
de la photographie ou du cadre est ainsi, dans une photographie
de Gilbert Garcin, le lieu privilégié d’une
subversion, d’une mise en scène de ce qu’est
et de ce que peut être une photographie. Il montre aussi
le cadre successivement comme ouverture ou comme enfermement,
comme espace désiré (en tant qu’il semble
promettre la reconnaissance artistique) ou comme espace angoissant,
troublant. Il met en scène le cadre comme lieu de la représentation
: artistique, sociale, théâtrale, picturale. L’artiste
se cache dans un rebord quadrangulaire pour ne montrer aux autres
que des masques portés à bout de bras ; il s’immortalise
sur un portrait qu’il place, à table, entre lui et
sa femme, pour figurer l’immuabilité de ce rapport
de faces quotidien. Et, clou du spectacle, il montre le cadre
entourant un blanc, celui du vide, du manque de la représentation.
Transgressant en apparence seulement la limite entre espace de
la représentation d’un tableau photographié
et espace hors-du-tableau-mais-dans-la-photographie, Gilbert Garcin
se met en scène, avec son cliché intitulé
Le Chien d’Eliot, en train de promener en laisse un chien
qui est dans une photographie, contredisant apparemment, par la
représentation, le fait que « le mot chien ne mord
pas » , ou plutôt, ici, que l’image d’un
chien ne peut être tenue en laisse, et, a fortiori, promenée.
La transgression est ici possible grâce au monde iconique
de la représentation, garanti par la clôture rectangulaire.
Le mot chien est prononcé dans le monde réel. C’est
pourquoi le mot chien ne peut pas mordre, le signe n’étant
pas « la chose ». En revanche l’image d’un
chien peut être promenée puisqu’elle appartient
au monde de la représentation où tout est a priori
possible. L’espace représenté est un microcosme
où le photographe est le seul maître à bord.
Le monde de la représentation est le monde où l’artiste
rétorque : « Et pourquoi pas ? ». Gilbert Garcin
est le deus ex machina de son petit théâtre, où
il a choisi de se mettre en scène. Une laisse établie
ici un lien entre l’espace où se trouve, sur la photographie,
Gilbert Garcin, et l’espace où se trouve, «
sur-dans » la photographie, le chien. La photographie dans
la photographie représente une plage où court le
chien. Gilbert Garcin se représente devant cette photographie-dans-la
photographie, courant sur une sorte de tapis roulant, pour simuler
un semblant de cohérence entre les deux espaces : le chien
court, il faut donc, pour suivre cette logique construite par
le monde de cette représentation, que Gilbert Garcin coure
aussi, puisqu’il tient le chien en laisse. C’est ici
la ligne de terre qui garantit la subversion entre les deux espaces
représentés (Marin) opérée par la
laisse.
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