La vie est-elle un théâtre ?
De toutes les métaphores qui tentent de nous éclairer
sur le sens de nos existences, celle-ci est probablement une des
plus prolifiques .Sur le mode photographique, Gilbert Garcin
s’interroge, et nous interroge.
L’image est, en soi, un premier simulacre : une photo
est une apparence sensible qui se donne pour vraie. Mais Gilbert
Garcin y ajoute une seconde ambiguïté. Ses mises en
scène, petits bricolages qui font gentiment la nique aux
virtualités numériques, doublent la mise en image
d’un autre effet de faux-semblant, d’un autre jeu
entre le réel et l'imaginaire.
Serait-ce dire que le photographe se cache derrière ce
qu’il donne à voir, sous la surface d’un spectaculaire
à petite échelle ? Dans les aventures de son
personnage faussement anonyme on ne voit pourtant que lui, héros
voyageur de ces fictions pleines d’humour.
Car au fond, tout cela, c’est peut-être « pour
rire ». Ce qui ne veut pas dire que ce n’est
pas sérieux. La formule est trompeuse. Et dissimule un
troisième simulacre. Ce qui s’affiche comme comédie
(références détournées, clins d’œil,
inventions visuelles, imagination loufoque) ne voile pas toujours
un propos caustique sur nos démêlés avec le
monde et ses contingences, avec la vie telle qu’elle est.
Que retenir alors de ce qui se dit d’une image à
une autre, de ce qui traverse (mais sans la lourde insistance
d’un message impératif) ces photo montages ?
Que si la vie était un théâtre nous pourrions
à volonté y rejouer la même scène.
Et y tenir tous les rôles. Parce que personne ne peut jouer
à notre place .
L’humour est un beau masque. Gilbert Garcin le porte bien.
D’une photo à l’autre, il simule avec légèreté
la dérision et le détachement. Mais si les images
résistent à un regard appuyé, c’est
que derrière le masque un homme nous interpelle. Un homme
qui nous ressemble, même de dos. Un homme comme nous, pressé
de vivre, pressé de dire. Et qui joue, sans connaître
les règles, un jeu qui le dépasse.
Certains feraient la grimace, choisiraient le rictus. Gilbert
Garcin préfère en rire. Et faire un pied de nez
au temps qui passe.
Yves Gerbal
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