PHOTOGRAPHE DE L'AVENTURE HUMAINE par Olivier Delhoume
28 novembre 2010


Les photographies de Gilbert Garcin nous conduisent à des territoires fantastiques : ceux de nos vies, de nos rêves et de nos illusions. Utilisant des objets réels qu’il met en scène, l’artiste nous invite au dialogue et à la réflexion sur notre condition humaine. L’humour du photographe interdit tout jugement sur nos contemporains mais le sourire nous rend complice de son regard d’une grande acuité.

Très souvent, on demande à Gilbert Garcin comment il pratique la photographie ; son procédé intrigue. Comment fait-il ? Mais, pour lui, l’essentiel n’est pas là : « En effet, ce qui est important c’est le Pourquoi. C’est difficile de répondre mais je pense, qu’avant tout, j’ai un besoin de communication. Alors qu’à un certain âge, les contacts peuvent se raréfier la photographie est, pour moi, un moyen de multiplier les contacts et d’aller à la rencontre des autres. Il y a probablement en moi un refoulé qui aurait aimé dire et décrire un certains nombre de choses. »

Gilbert Garcin nous assure que, pour commencer en art, il faudrait avoir acquis la maturité de celui qui a vécu et réfléchi sur la nature des êtres et des choses : « Les hasards de l’existence m’ont fait arriver tardivement à la photographie. Une nouvelle existence pour moi, par hasard. Mais est-ce qu’il aurait été bien de commencer la photographie à l’âge de vingt ans ? »
L’âge ne fait rien à l’affaire. L’appétit aiguisé, la manière maîtrisée par les stages aux Rencontres d’Arles, il ne s’agissait plus alors, pour Garcin, que de s’y mettre tel un jeune homme. Il a tout le temps nécessaire pour se lancer dans l’aventure et, ne s’attachant qu’à l’essentiel, l’art ne pouvait que naître.
Le génie de l’artiste est d’aller au-delà des mots. L’image parle pour lui ; elle est universelle, polyglotte et immédiate dans sa lecture. Plus que des photographies, les tableaux de Garcin sont de véritables images, de l’importance de celles d’Epinal, estampes qui célébraient, instruisaient et divertissaient. Parfois devinettes visuelles, on les admirait de génération en génération pour y découvrir, à chaque fois, de nouvelles choses. On retrouve, dans les photographies de Garcin, ce jeu populaire de l’œil et de l’esprit, accessible à tous, à la fois universel et intemporel. Ainsi, comme à la veillée, on parle de ses images, on débat, on s’en amuse mais on réfléchit aussi. Les oeuvres de Garcin invitent au dialogue: « Chaque image est l’occasion d’échanger avec les autres. Si vous regardez mes images dans lesquelles j’apparais, chacun peut tout de même s’identifier au personnage que je joue. Il n’est en aucune manière question d’autobiographie. Dans ce sens, je représente la vie des autres. »

Convoquons un conseil de famille et apparaissent André Vigneau qui, photographiant une chaussure, transforme l’objet en sujet, Horst P. Horst dans sa rigueur esthétique, Man Ray pour son trafic photographique. Pas de surprise à voir arriver dans l’instant ceux du cinéma : Georges Mélies pour ses trucages fantastiques, Chaplin pris dans l’engrenage des Temps modernes, Hitchcock et ses apparitions à la sauvette, Tati et sa silhouette immuable. Et la peinture aussi. Magritte et ses tableaux au-delà du réel : « J’aurais aimé connaître André Breton. Pour certains, le surréalisme est, l’une des facettes de mon travail. J’ai été soumis à une multitude d’influences et le surréalisme est peut-être un élément de mon travail. Mais je ne me définis pas comme cela ». N’oublions pas dans ces cousinages : Max Ernst pour la poésie de ses collages, Caspar David Friedrich et son homme devant la mer. Tant d’autres, encore, dans les photographies de Garcin : conservatoire d’un musée fantastique, miroir de l’esprit, mémorial de l’humanité, procès verbal des images commises dans le temps et qui ont réveillé nos âmes assoupies.
Chaque photographie de Garcin commence par une idée, attrapée au vol en une seconde mais longuement mûrie par 80 ans de vie auxquelles s’additionnent 55 années de mariage avec Monique. Puis, c’est le temps du « bricolage » à l’égal de celui des studios hollywoodiens. Par l’installation des éléments sur une table, le « maquettiste » fait des miracles. La silhouette de son personnage prend place tel un acteur sur le plateau du tournage. Les deux projecteurs allumés, la séance peut commencer. Alors, il photographie et se promène dans le champ de ses pensées manipulant les objets-symboles. La magie opère. Exigeant sur le fond et dans la forme, le photographe ne gardera qu’une seule image. L’idée révélée au regard des autres, l’œuvre est née. La silhouette de l’objet/sujet Garcin a pénétré l’image avec sa complice de toujours Monique. Mais ils ne sont ni Gilbert, ni Monique. Ils sont acteurs de situation, figurants de l’illusion. Ils nous représentent : observateur, acteur, victime ou maître du monde se confrontant au temps et aux choses. Déclencheur de conscience, jongleur d’idée, amuseur spirituel, Garcin projette ainsi le spectateur dans l’image, au coeur d’un véritable spectacle philosophique accessible à tous.
Il pourrait utiliser d’autres moyens techniques, d’autres procédés visuels, plus virtuels, électroniques et informatiques. Mais il préfère se confronter au réel : « Il y a une différence fondamentale entre les images de synthèse informatique et celles que je fais. Dans mes images, tout est réel. Il n’y a rien d’inventé. Quand on voit une matière ou un objet, il s’agit bien de réalité et les ombres sont bien réelles. »

Cet art est multiple car, partant d’une installation sur la table, il nous emmène en poésie vers l’étonnante réalité, voire cruauté, de notre condition. L’artiste s’offre jusqu’à s’oublier lui-même, ne voulant jouer à l’autoportrait, à l’auto consécration. Le personnage n’est que l’objet-support, matériau à notre image. Cela tient de la performance tant pour l’implication de l’auteur que pour le résultat obtenu. Ce jeu de l’artiste est total et le « Je » apparent figure l’humanité dans son entier.

Une image apparaît et la lumière nait en nos esprits. L’ancien marchand de luminaires ne pouvait imaginer un tel succès : tant de livres publiés et d’expositions internationales. Il feint de s’en étonner mais l’homme devait savoir ; on ne part pas sur un tel chemin sans viser un horizon large de grandes perspectives.

Les photographies de Garcin éveillent nos âmes avec subtilité et parfois humour. Garcin n’est pas un directeur de conscience et n’accuse personne de nos tourments. Il intervient avec élégance distanciée et empathie bienveillante. Le jeu de l’esprit s’avère être aussi un divertissement ultime, nous rappelant la phrase de Beaumarchais : « On doit s’amuser de tant de choses de crainte de devoir en pleurer ».
Olivier Delhoume




Research on a Contemporary Artist by Rachel Spencer Smith
16 juin 2009


At the age of sixty-five Gilbert Garcin retired from his lamp-making business in Marseille and took up photography. There is a common expectancy that a contemporary artist has to be young to be innovative, this is not the case. Garcin’s work is just as fresh as someone young, but he has the advantage of informing his work with his wisdom and experience. His nostalgic ‘lifetime of narrative’ explores and shares his questions and view on life with others. He states ‘This is the principal and most profound reason I take photographs. I am not out to demonstrate something. My sole motivation stems from the need I feel - that we all feel, to varying degrees - to communicate with the world around us.’

His playful, humorous, black and white photomontages create a miniature world, a ‘little inner theatre’ based on the idea of ‘the absurdity of the human condition’ by ‘making works out of tiny stories that recycle personal defeats and failures’. Garcin introduces a character onto the ‘stage’ naming him ‘Mr. Everyone’. He is ‘the man who is an image’- Literally. This, like Anthony Gormley, is always himself. Garcin photographs himself in different positions and then cuts these out and places them in his small handmade set. It is fascinating how his small scale depictions can successfully capture the bigger ideas of philosophy. Interestingly, his work has been used to illustrate philosophy textbooks. He plays an ‘anonymous hero’ for us to identify with, providing a universal display of our own traits which in turn, encourages us to think about our humanity. It is more about the ‘preposterous idea of making his thoughts visible’ rather than forcing his opinion on the audience: ‘I’m not trying to get a message across with my images. I’m not saying “this is the way things are” but rather, “this is the way I feel them”.’ That is why humour is so important to the pieces. Garcin uses witty titles to give more meaning to the image, while inviting more humour onto the scene. For example, this can be seen in ‘The benefit of ignorance’. I love the playfulness in his images I think that there should be more of this in the contemporary art world.

There is also an underlying humour in your images…

On the contrary, it is not underlying; I try to place it on the surface! The kind of exercise I am doing with my photographs can easily become pompous, pedantic, or overly serious. It’s important to put a layer of humour right away, to let people enter into contact with the subject. Humour for me is not an end in itself, but thank goodness it’s there!’

I find his work interesting because it is hard to pigeonhole. It is a simple, yet strong concept. As the Hoopers gallery describes in the exhibition brochure: ‘It is the idea that makes the work while the photography simply records it’. For me, photography is also an important tool within my practice and Garcin’s work amplifies the possibilities. ‘Photography is freedom because it remains blurry, uncertain’ hunting for ‘an ambiguous track, capable of bifurcating and, if possible, doubled up with an interesting language, or even wordplay’. Ambiguity is important within the work so as not to dictate the meaning of the pieces (the titles are important indicators, but Garcin originally did not want to title his work, until he was encouraged to do so).

He expresses his philosophical ideas with a very French sense of irony. Some people think that photography is not ‘real’ art, but practitioners such as Garcin show that it is a very potent artistic tool: ‘Pascal provided me with a tool and inspired me to invent imaginary scenes, rather than photographing’. There can be parallels made between Garcin’s work and contemporary photographer Cindy Sherman. She also stages herself in her photographs in order to share her own comments and observations with the viewer. However, her focus is on the role of women and representation of them in modern society, moreover, while she is taking the centre stage she plays different characters while Garcin is his own protagonist throughout, making no attempt to hide his own identity. There can also be links made with Sophie Calle. She bases her work on real people and experiences, but turns them into fictitious situations and characters where she takes an active role as the central character. They can be linked through this concern of blurring the line between fiction and reality.

Garcin has invented a sort of three-dimensional collage which could put him in the realm of sculpture. This idea really appeals to me. Playing with mundane objects, carefully assembling them to form the scene from pieces of paper, wire to cotton wool which is usually set on a sand ground precisely arranged using only naive techniques and materials such as wire, scissors and glue without any digital help, for example ‘First Steps’ (I think this is a great quality in a digital age). All these elements build up the textural greys to create an illusion of depth. There is always interplay between fiction and reality ‘correspondence between reality and an abstraction’ which I have always wanted to try and get in my own work. His interest in making three-dimensional environments provides a link with Joseph Cornell. His ability to play with scale and make his images magical by using camera tricks to create optical illusions to try and convince the audience that he, Mr. Everyone does exist, puts him on par with a performer. Garcin relates to this himself: ‘I am like someone hunting for mushrooms; the joy is in the finding. I love to tell stories; mine is the pleasure of the illusionist that tricks people.’

Garcin’s work could almost be defined as cinematography. His apparent interest in narrative and humanity is charged with satirical content and pathos throughout, which immediately leads us to think of Charlie Chaplin. There is also an obvious relation to Hitchcock with his psychoanalysis of individual characters, the important roles of shadows, composition and contrast within the filming process and attention to detail. This is heavily demonstrated in ‘The Semiologist’. Other film makers that come to mind include Woody Allen, Melies and Jacques Tati.

Garcin makes conscious references to literature/myths, such as Sisyphus in ‘The disappointment of Sisyphus’ and art, through creating his own interpretations of famous artworks. For example ‘The Tower of Babel’ by Franz Kline, ‘Nocturne’ after Paul Klee, ‘The flight of Icarus ’after Leonardo da Vinci and ‘Precariousness’ after Robert Motherwell and ‘Another Day’ after Edward Hopper. He has been said to have been influenced by surrealism, for his minimal compositions and surreal ideas. Although this is as far as the association goes: ‘My pictures often contain a notion of absurdity, which is one of the characteristics of surrealism. It is only in terms of this vision of absurdity that I identify with Surrealism. I love Magritte and can’t stand Dali, for example. In fact, I identify more closely with Douanier Rousseau than with the Surrealists!’

Readings of works:

An Artist’s Life’- I relate to this-‘Mr. Everyone is hanging on his drawing for his life. Vertical movement-your eye follows this line expecting it to carry on down but instead it veers off to one side- like art- goes where you don’t expect-love, hate relationship. White background is like paper- ‘kill the white’-the struggle to start.

Controlling Oneself’-life is precarious, like Mr. Everyone there is danger of falling over. Links with stage performance, the set itself is staged-people masking their true identities.

An Orderly Life’- the normal life, the rows of straight lines (a reoccurring idea in his work-limitations, simple structure, yet signifies complications in life) monotonous, laborious lifestyle. The only option in a dark expanse.



OLIVIER NAMIAS- Revue d'Architecture - N°179 - Février 2009
28 FEVRIER 2009

LA PHOTOGRAPHIE METAPHYSIQUE

Comme pour montrer qu’il n’est pas nécessaire d’être jeune pour proposer du nouveau, Gilbert Garcin a attendu l’âge de la retraite pour se mettre en scène dans un univers onirique, tour à tour inquiétant et ironique: des fragments de biographie avec, en toile de fond,une vision synthétisée de l’espace.

Gilbert Garcin naît en 1929, l’année où Éluard et Dalí adhèrent au surréalisme et où Magritte peint La Trahison des images. La carrière de ce photographe marseillais a beau commencer des années plus tard, vers 1993, la filiation est évidente: partisan d’une photo d’idée qui ne renie pas pour autant le plaisir plastique, il fait baigner ses images dans une atmosphère onirique, à la fois inquiétante, étrange ou absurde, semblable à l’ambiance de la scène du rêve de Gregory Peck dans La Maison du docteur Edwardes, que Salvador Dalí avait imaginée pour Hitchcock. Les images suivent pratiquement toutes le même schéma: un personnage terne et passe-partout – le photographe lui-même –, vêtu d’un imperméable à la Colombo en guise d’anti-logo, remplace le bonhomme de Magritte dans le cadre ou parcourt les scènes les plus extravagantes avec le flegme d’un Monsieur Hulot. Mais quel diable a bien pu pousser Gilbert Garcin, l’âge de la retraite atteint, à se mettre en scène dans toute une série de postures improbables, au lieu d’aller à la pêche comme tout un chacun? Difficile de savoir car le photographe est taiseux et a réclamé, par image interposée, «un droit au silence» laissant l’interprétation au regardeur. Un goût refoulé pour l’architecture se serait-il épanoui dans la fabrication de scénographies? «L’architecture ne m’intéresse pas. Il y a bien la maison du Fada à Marseille, mais ça ne me parle pas. Je suis plus influencé par la littérature. » Et laquelle? Aucune en particulier: «L’idée de littérature. Je n’ai pas d’ouvrage à citer. Mes photos racontent une histoire, des fragments de biographie. » La trame est plus philosophique que narrative, comme le remarquait Magali Jauffret dans la préface du dernier ouvrage de Gilbert Garcin, Tout peut arriver.

LA QUINTESSENCE DE L’ESPACE
Transposer l’univers de la littérature dans celui de la photographie condamne Gilbert Garcin à de sérieux travaux d’infrastructures, une suite de tâches de longue haleine qui commence par un croquis, suivi de la réalisation de l’autoportrait du photographe dans une attitude déterminée par l’histoire, puis la construction du décor sur une table de 3 mètres de côté, dans la cuisine du photographe. Un vrai projet en somme, un travail méticuleux et fastidieux aux dires de l’intéressé, lui imposant au préalable de se découper lui-même, une épreuve qu’il aborde comme une cérémonie vaudou: «chaque fois que je prends les ciseaux et que je me coupe la tête, j’ai mal», déclare-t-il encore dans Tout peut arriver. Le décor de son théâtre de poche est comme une maquette d’étude. «Je teste mes idées, je tourne le personnage, je vois ce qui marche ou ce qui ne marche pas. Des photographes ont beau me dire “je peux faire la même chose sous Photoshop”, je suis resté fidèle à l’argentique. Les photographes qui ne se servent plus que du numérique se privent de la réalité. Quand je bouge mon personnage, l’ombre bouge avec lui et il n’y a que la réalité qui puisse me donner ces effets-là. » Il n’y a qu’à voir la médiocrité des photomontages contemporains présentés lors de la dernière session de «Paris Photo» pour lui donner raison. La technique peut suppléer l’artifice mais en aucun cas créer un univers. Celui de Gilbert Garcin intéressera sans doute l’architecte pour sa capacité à dévoiler l’essence de ces éléments qui font la base de l’architecture. La ville, les murs, les clôtures y sont représentés dans un état d’avant le dessin, la quintessence en quelque sorte de leur état avant qu’ils ne soient redessinés par la main de l’architecte ou de l’artisan. Si l’on fait référence à la peinture, très présente dans l’œuvre de Garcin, sous ses formes contemporaines ou classiques, les images seraient l’équivalent photographique de la peinture métaphysique de Chirico, qui cherchait à représenter ce qu’il y avait au-delà de l’apparence physique de la réalité, au-delà de l’expérience des sens. Comme le peintre italien, Garcin est obligé de passer par la case «espace» pour représenter des états d’âme.



MELINA SIDIROPOULOU pour EPSILON MAGAZINE - ATHENES

PARU DANS EPSILON MAGAZINE D'ATHENES
11 février 2008





C’est une esthétique abstraite et une réflexion philosophique profonde que capture l’appareil de Gilbert Garcin. Son activité artistique tardive l’a conduit à photographier avec encore plus de passion, d’intensité mais également de finesse. Des qualités qui ont imposé son œuvre dans le monde de l’Art.
Marseille. Un homme vêtu d’un pardessus gris, devenu presque incolore, monte sur la terrasse de son appartement. Baigné par la lumière méditerranéenne, il se tient immobile. Vu de loin, il paraît neutre, banal. Jusqu’à ce qu’il commence à se mettre en équilibre sur un pied, à donner à son corps des positions acrobatiques, à s’asseoir ensuite sur une chaise ou à contempler l’horizon, aussi rigide qu’un héros de tragédie antique. Et tout cela sous les « clics » incessants de son appareil photo, qui immortalisent chacune de ses expressions, chacun de ses mouvements. Même si cela rend les voisins muets d’étonnement. Pour Gilbert Garcin, la terrasse devient le canevas de son Art.
Dans son atelier, Garcin va découper le portrait qu’il a tiré sur la terrasse, le fixer sur une table couverte de sable puis « construire » à l’aide d’un projecteur le paysage qui va servir de cadre au héros, et le re-photographier. Le résultat est impressionnant. Soudain, le héros va se trouver debout, pieds nus, entouré de paires de chaussures vides dans la photographie à Auschwitz, dans son œuvre intitulée « Le Témoin ». Il se tiendra sur le seuil d’un bâtiment sombre, regardant la lumière venant du fond de celui-ci. Il va ramer sur un radeau vers le Cap de Bonne-Espérance. Il va se trouver face à sa carte d’identité surdimensionnée, mais aussi face à Mona Lisa. Dans son œuvre intitulée « La Fin », il va écarter le petit rideau de sa fenêtre pour se regarder lui-même, s’éloignant…
L’esthétique abstraite de ses images et le choix d’une approche en noir et blanc permettent à son œuvre multi-facette de capturer une tension sourde. Habillée d’humour et d’une attitude d’auto-dérision, l’image attire le spectateur. Qui s’approche tout près. Vient ensuite l’ambiguïté, comme par exemple dans son œuvre célèbre « L’Ordre du Monde » où l’on ne peut comprendre si le héros amène de l’ordre en démêlant des lanières au sol, ou si au contraire il les mélange. On peut « effeuiller » progressivement ses œuvres jusqu’à approcher leur noyau et parvenir aux questions existentielles les plus cruciales. Le Temps, la Sagesse, le Choix, la Pesanteur, la Conscience des possibilités des humains, la Vanité, la Connaissance, la Communication, l’Identité sont des thèmes qui reviennent encore et encore. Une persévérance artistique ? « J’ai la même persévérance que toutes les personnes de 78 ans » nous répond Garcin de façon désarmante.
Pour l’essentiel, chacune de ses œuvres constitue une prise de position philosophique traduite en image. La nuance métaphorique et le socle philosophique de ses photographies attirent les directeurs artistiques qui utilisent souvent les œuvres de Garcin pour illustrer des articles du Monde Diplomatique tout comme des livres de philosophes.
La prise de position de l’artiste dans chaque interrogation qu’il se pose à lui-même est si personnelle qu’elle en devient finalement collective. L’identification du spectateur est inévitable. C’est pourquoi l’Acteur qui apparaît dans les photographies, et qui n’est autre que l’artiste lui-même, a été volontairement choisi peu expressif, de façon à ce que chacun puisse se projeter dans ce personnage, puisse « se mettre à sa place » et devenir lui-même, finalement, le héros de l’œuvre.
« Moi je suis un simple comédien, comme dans les films de cinéma ou comme au théâtre. N’importe qui d’autre pourrait jouer ce personnage (mais ce ne serait pas aussi pratique pour moi !). Bien sûr, on peut de temps en temps trouver dans mon œuvre quelques allusions auto-biographiques. » déclare Gilbert Garcin à Eleftherotypia. S’étonne-t-il du choix de certains collectionneurs ? D’étranges identifications ? « Je ne m’étonne jamais des choix des collectionneurs. Leur choix se base sur la façon dont chacun choisit de s’identifier. Récemment, à l’exposition Paris-Photo, un collectionneur qui avait choisi 4 photos s’est tourné vers sa compagne pour lui dire : « Ces 4 photos sont la parfaite représentation de moi-même ». Elle n’ a pas répondu ! »
Dans ses photographies, Garcin n’est pas seulement comédien, il est également scénariste et metteur en scène. Peut-être une influence de ses années d’enfance, époque où il assistait avec gourmandise à des films projetés dans la salle de cinéma des frères Lumière. Avec des études en Administration d’Entreprise, Garcin s’est initialement écarté de l’Art. Mais peut-être pas. Artel-Luminaires, la société qu’il a fondée et dirigée pendant des années, était la première dans laquelle il s’est spécialisé dans la création d’appareils d’éclairage et dans l’importation de pièces spécifiques destinées à être intégrées harmonieusement à l’esthétique et au style de chaque lieu.
Quand il a pris sa retraite, à l’âge de 65 ans, un nouveau chapitre de sa vie s’est ouvert : la Photographie. « En 70 ans, on a rassemblé des dizaines de milliers de souvenirs, on a en quelque sorte un vrai grenier dans la tête. Des choses empilées qui soudain refont surface », comme l’artiste l’a déclaré dans le passé.
Dans un concours local, il remporte le prix, un stage d’une semaine auprès de Pascal Dolomieu. Celui-ci va l’initier aux mystères du montage photographique. En 3 années (1990-1993), Garcin produit plus de vingt œuvres. En 1998, à Braga, important événement artistique au Portugal, l’Art de Garcin commence à être vraiment reconnu : l’une de ses œuvres va être sélectionnée comme couverture de l’exposition, tandis que le musée qui accueillait l’exposition va aussi acheter certaines de ses photographies pour son association ! Depuis lors, ses œuvres sont présentes dans les événements artistiques parmi les plus importants de son pays, ainsi qu’à l’étranger. Enfin, Garcin, autre Sisyphe – un des thèmes qui lui sont chers, parmi d’autres – ne peut qu’être d’accord avec Camus lorsque celui-ci suggère que nous imaginions Sisyphe heureux, lui qui, malgré le caractère infini de sa tâche, brave la mort en savourant la vie à l’extrême.

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Texte de Melina Sidiropoulou
Publié par Epsilon Magazine of Kyriakatiki Eleftherotypia








GILBERT LEBRUN POUR "L'HOMME QUI EST UNE IMAGE " A RENNES
26 JANVIER 2009


Gilbert Lebrun


Catalogue de l’exposition « L’Homme qui est une image »
Produite par la Ville de Rennes
Exposée Place de l’Hôtel de Ville du 5 au 31 octobre


Des cailloux, du sable, souvent du sable, des ciseaux, des bouts de papier, de la colle et... du plaisir. Le plaisir. La clé de la réussite fulgurante de Gilbert Garcin est sans doute à rechercher de ce côté. On n'entame pas en effet une carrière internationale de photographe à 70 ans, sans détachement ni amusement.

La vie de Gilbert Garcin est banale et originale à la fois. Il faudrait plutôt parler de « ses »vies. La première, qu'il juge lui-même « sans histoire », démarre en 1929 à La Ciotat, passe par l'École Supérieure de Commerce de Marseille et se prolonge, quelques décennies durant, dans la peau d'un chef d'entreprise faisant dans le luminaire. Fin du premier acte, début de l'intermède.

À l'heure où la retraite sonne, quand d'autres vont à la pêche ou partent en croisière, il laisse tomber les régates de voile qui le passionnaient jusque là et a le réflexe photo. Après quelque temps passé dans un club amateur à faire du paysage, il découvre les délices du photo-montage lors d'un stage à Arles en 1992. C'est le déclic.

La deuxième vie peut commencer : celle au cours de laquelle il décide de respirer, de communiquer, alors que dans la précédente, il s'agissait davantage de paraître. Et puisque la vie n'est souvent que représentation, c'est ce fil rouge que Gilbert Garcin va désormais s'amuser à tirer dans le cadre.

« Je voulais raconter des histoires et il me fallait un personnage ». Il avait en tête des Tintin, Charlot, Maigret ou autres M. Hulot, de ces figures immuables, un peu en dehors du temps, qui créent le lien et offrent un repère attachant. Gilbert Garcin est allé au plus simple : il s'est choisi lui-même.

Mais n'allez pas lui parler d'autoportrait : « Je suis là par nécessité. Il n'y a aucune intention autobiographique dans mon travail ». La meilleure preuve que ça n'est pas lui, c'est qu'il utilise des portraits datant souvent d'une dizaine d'années. « Le personnage ne vieillit pas, moi si ! » Pour le rendre encore plus intemporel et en marquer la neutralité, il l'a revêtu d'un vieux pardessus noir trouvé dans les penderies familiales.
La supercherie ne prend pas toujours et la démarche n'est pas forcément comprise. Elle a rencontré des obstacles, suscité des commentaires offusqués, notamment parmi les proches, dans certain milieux, il y a des choses qui ne se font pas !

Gilbert Garcin n'en a cure. Comme le gamin amoureux du Méccano qu'il était, il se divertit à « bricoler » ses petites mises en scène, plusieurs fois par semaine, dans un cabanon de quelques mètres carrés des environs de La Ciotat. C'est là qu'il teste la faisabilité des idées préalablement griffonnées sur de petits croquis. C'est là qu'il plante le décor, avec des bouts de ficelle et une lampe de poche en guise de flash, qu'il dit ne pas savoir utiliser. Avec le temps, il a développé un art de l'équilibre entre la magie de l'illusion et la bonne dose d'imperfection car
« si c'est trop parfait, autant photographier la réalité ».

Le résultat est épatant, jubilatoire et bougrement universel. Même s'il se défend de faire œuvre de moraliste, il y a un petit côté La Fontaine chez Gilbert Garcin. Qu'ils soient d'inspiration métaphorique, mythologique, qu'ils puisent dans l'humour ou dans l'absurde, ces tableaux miniatures nous renvoient le plus souvent aux questions existentielles les plus cruciales : le temps qui passe, la douleur du choix, la vanité, l'identité, la connaissance...

Gilbert Garcin propose ses clichés à la manière d'une auberge espagnole où chacun peut construire ses propres références. Et c'est sous la pression des galeries qu'il a accepté de donner des titres à ses photos. « Les titres m'embêtent. Ils empêchent que les images soient les plus ouvertes possible. Le titre oriente et ferme la lecture. » Dans cette comédie humaine visuelle, construite selon lui comme « un journal »,
Gilbert Garcin focalise surtout « sur le vide dans lequel nous sommes tous immergés ». Sans éluder ses propres contradictions comme ce refus de s'intéresser au passé tout en souhaitant laisser une trace : « Il faut vivre dans le présent et faire des images qui restent. C'est un peu contradictoire non ? » Ce que raconte très bien « Le Moulin de l'oubli », où un homme tourne en rond dans le sable, poussant le rouleau qui efface ses pas.

Gilbert Lebrun


CITATIONS EN VRAC
26 JANVIER 2009

« En voyant vos photographie, j’ai tout à coup un peu moins peur de vieillir »
Correspondant anonyme
_________________________________________________________________Dans « Au Musée » la figure du vide et son traitement scriptural dans l'Hypertexte désigne le rien dénotatif: elle conditionne l'ensemble de la textualité et du contexte créé dans l'écriture courant
Correspondant savant
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IMPOSTURE. D’un côté: Le plaisir d’inventer un monde avec une poignée de sable et quelques caillouxla satisfaction du faussaire, de l’imposteur
De l’autre :La crainte de l’imposteur qui craint d’être découvert : ils ne vont pas y croire, la ficelle est trop grosse, ils vont se rendre compte que je ne maîtrise rien.
GG
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Méfiez vous des autodidactes, surtout lorsqu’ils se ventes de l’être
Antonio Machado
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En grattant l’écorce de son moi, c’est un « nous » qu’il découvre au-delà de sa solitude
Michel Butor
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MERITE« vous avez du mérite à faire ça »
Il y a une symétrie « : enfant-prodige » « vieillard -prodige »La même indulgence, comme si les handicaps de l’enfance et la vieillesse étaient du même ordre
GG
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Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celle des autres
Philippe Vilain
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On écrit sur soi, non pas parce qu’on s’aime, mais pour être aimé.
Citation approximative de je ne sais qui
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Que serions nous sans le secours de ce qui n’est pas
Paul Valéry
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Texte de Serena Effe publié par Nadir Magazine
mars 2008

GILBERT GARCIN. LE BIZZARRE AVVENTURE DEL "SIGNOR NESSUNO"La prima domanda che mi si è presentata alla mente una volta iniziato ad immaginare quest'articolo, è stata: sarà il caso di chiamare Gilbert Garcin "fotografo"? E' lecito presentare in questi termini un uomo che nella vita ha fatto tutt'altro, e che solo dopo il pensionamento ha iniziato a fotografare, raggiungendo contro ogni plausibile aspettativa la notorietà internazionale? Perché così è stato per Garcin, marsigliese classe 1929: una laurea in Economia, la direzione di una società di importazione di lampadari, moglie e figli come da copione; una vita riservata e tranquilla, quindi, illuminata d'un tratto dall'impellente bisogno di materializzare la propria visione ed esperienza di vita attraverso la creazione di "opere" condivisibili dal resto del consorzio umano, scegliendo, tra i tanti a disposizione, il mezzo fotografico.
Fotografo, dunque? Artista? Creativo? Semplice bricoleur? Alla fine, mi son detta, non ha la benché minima importanza: ciò che conta è che Garcin - e chissà quanti come lui - sia la prova lampante che la spinta creativa, quando arriva, non guarda in faccia età, curricula, milieux sociali o culturali; e il bello è che, nel caso in questione, e nonostante ci si trovi in ambito fotografico, creatività e voglia di comunicare, quando sono sincere e spassionate, sanno ancora farsi beffe di megapixel, sigle criptiche e avveniristici dispositivi. "Artisti" non si nasce, e neanche fotografi: quel che è indubbio è che non saranno certo le specifiche tecniche di una fotocamera a farcelo diventare. E la bizzarra storia di questo "Signor Nessuno" e del suo alter ego fotografico ci invitano a ribadirlo una volta di più.

"Galeotto fu il workshop e chi lo tenne", è proprio il caso di dirlo. A circa tre anni dal pensionamento, infatti, Garcin - che già da un po' era alla ricerca di un linguaggio fotografico a lui congeniale - prese parte ad un workshop tenuto nella cittadina di Arles dal fotografo francese Arnaud Claas, la cui produzione è accostabile alla poetica surrealista. Rimasto entusiasta delle potenzialità espressive offerte dal fotomontaggio e dall'assemblage fotografico, riconobbe in queste due tecniche ciò di cui andava cercando. In fotografia, c'è chi ragiona della vita e della morte ritraendo un fiore, un paesaggio, le linee di un'architettura, un'ombra, un volto; Garcin decise invece di rinunciare alla realtà esteriore per dar vita ad un mondo fittizio ed irreale, abitato da un unico personaggio, un "Signor Nessuno", senza nome e senza storia, in cui ogni osservatore potesse agevolmente riconoscersi: di età avanzata, abbigliato in maniera assolutamente neutra, privo di qualsiasi particolare che possa attirare l'attenzione, dall'atteggiamento dimesso, lievemente incurvato su se stesso, solitario e un po' assente, come fosse perennemente perso nei suoi pensieri e nelle sue melanconiche contemplazioni. Lo vediamo quasi sempre di spalle, le mani incrociate dietro la schiena, o intento in qualche improbabile e surreale occupazione: un eroe tragicomico a cui è affidato il compito di impersonare metafore, allegorie e paradossi circa quel "teatro dell'assurdo" che è l'esistenza umana. Come un moderno Ulisse, privatosi di ogni identità non per dar prova d'ingegno e di coraggio contro il ciclope Polifemo, ma per confrontarsi con complessi, inquietudini, insicurezze, aneliti, intimi terrori e ogni altra vertigine causata all'Uomo dall'ineludibile - e a suo modo comica - insensatezza della sua condizione.

Sono centinaia le immagini che compongono questa sorta di "biografia immaginaria" (ne trovate oltre trecento nella galleria del sito www.gilbert-garcin.com), create da Garcin con un procedimento che riconduce la fotografia alla sua condizione "artigianale", eminentemente manuale e, se si vuole, anche giocosa, in grado di "arrangiarsi" e di dar vita alle più disparate fantasie con l'utilizzo creativo di pochi mezzi essenziali, senza la necessaria presenza di un computer e annesso programma di fotoritocco (un concetto, questo, che Nadir cerca da sempre di veicolare: ne è un esempio la presenza della meritatamente celebre rubrica "L'Antro di Merlino" di Rino Giardiello. Demonizzare digitale, Photoshop e compagnia bella sarebbe uno sciocco anacronismo; ma ugualmente penalizzante è il credere che questi siano gli unici mezzi rimasti a disposizione per esprimersi fotograficamente).

Mediante l'allestimento di mini-scenografie, l'immagine fotografica - debitamente ritagliata - del nostro Uomo Qualunque viene di volta in volta ambientata contro sfondi realizzati con l'ausilio di materiali "di fortuna" quali sabbia, fili, sassi, banali oggetti quotidiani: modelli in scala ridotta di un mondo senza tempo né spazio riconoscibili, il più delle volte desolato e dall'atmosfera "lunare", rarefatto e spoglio come un sogno di cui il risveglio abbia fatto dimenticare i particolari inessenziali. Le foto, tutte in bianco e nero e rigorosamente composte, sono caratterizzate da un'efficacissima capacità di sintesi prossima al minimalismo, e frequenti sono gli effetti di estremo grafismo, specialmente in quelle numerose immagini in cui ricorrono matasse di fili ingarbugliati, ingenua ma efficace metafora dell'inestricabile mistero della vita, di fronte al quale non siamo altro che minuscoli e goffi esserini intenti a cercare di conquistare il fantomatico bandolo (candidamente persuasi, nonostante tutto, della sua esistenza); i titoli svolgono un ruolo fondamentale nell'interpretazione, aiutandoci a venire a capo dei raffinati enigmi e "rebus visivi" che Garcin confeziona col suo visionario "taglia e cuci" fotografico.

Ecco allora che ne Lo specchio del cielo, per esempio, l'anelito frustrato verso un'improbabile libertà si concretizza in un'immagine che lo vede passeggiare con un lembo di cielo sotto al braccio; ne La vita, visione d'insieme l'angoscia del tempo che sfugge è resa attraverso la riduzione dell'intera esistenza di un uomo ad un metodico, ragionieristico cancellare con un perentorio tratto nero gli anni passati su di una asettica superficie bianca; frequente anche il tema del "limite", della paura o dell'impossibilità di valicarlo, come in Non andremo oltre, in cui una semplice e, volendo, facilmente scavalcabile staccionata nera, stagliata su un terreno immacolato, simboleggia la frustrante limitatezza dell'essere umano a fronte dell'infinito e dell'ignoto, qui rappresentato da un'insondabile oscurità che occupa i due terzi del fotogramma; ne La ruota lo vediamo arrancare entro gli ingranaggi di una grossa ruota arrugginita, come un criceto in giacca e cravatta destinato a non arrivare mai in nessun luogo; ne Il Mulino dell'Oblio, invece, eccolo trascinare in cerchio una sorta di grossa cimosa che, implacabilmente, cancella ogni traccia dei suo passi. E le "problematiche esistenziali" affrontate sono innumerevoli altre, tutte rese con fantasia ed arguzia: dall'incomunicabilità e l'isolamento dell'individuo al mistero della morte, dalla caparbia incoscienza di ogni speranza o ideale al difficile rapporto con gli altri e finanche con la nostra stessa identità, dall'insensatezza di ogni azione umana al disorientamento e al senso di inadeguatezza che ci guidano nel nostro più o meno impacciato brancolare quotidiano. Pessimismo? Assolutamente no. Pungente ironia, vista acuta e disincantato realismo, piuttosto.

I riferimenti "colti" e le analogie culturali, che suggeriscono ulteriori e stimolanti livelli di lettura della sua opera, sono spesso lampanti e perlopiù ascrivibili al contesto francese.
Immediato è l'accostamento con le oniriche visioni del Surrealismo: non quello allucinato e contorto di un Dalì, quanto quello, lucidissimo - e per questo ancor più spiazzante -, di un Magritte. E non è raro che Garcin crei dei veri e propri d'après (reinterpretazioni, più o meno fedeli all'originale, di celebri opere d'arte), attingendo alla storia dell'arte nella sua totalità, chiaramente intesa in quanto inesauribile fonte di utopiche, dolcissime consolazioni: dal romanticismo sublime di Caspar-David Friedrich, alla levità di Paul Klee, fino all'espressionismo astratto di Franz Kline; frequente, inoltre, il ricorso all'artificio compositivo del "quadro nel quadro" (o della "foto nella foto"), attraverso cui Garcin enfatizza l'immaginosa illusorietà delle sue messinscena.
In ambito cinematografico, è stata individuata un'affinità col regista Jacques Tati, per la leggerezza svagata e lo humor venato di malinconica poesia con cui i due riescono ad affrontare le tematiche più "scomode" per mezzo di goffi e grotteschi anti-eroi (nel caso di Tati il compito è affidato allo spaesato Monsieur Hulot).
I riferimenti letterari, poi, si sprecano, e ancora una volta sono i titoli che ci agevolano nell'orientamento.
Garcin, per dirne una, adotta toni da satira - ma della più delicata e sottile - grazie al rimando palese al Candide del filosofo illuminista Voltaire nella foto Coltivare il proprio giardino, in cui il grande fiore sbocciato su quell'arido e desolato terreno ricorda tanto il Baobab del Piccolo Principe.
Altrove, invece, pesca a piene mani nell'Esistenzialismo di un Camus o di un Sartre: la foto intitolata L'Inferno sono gli altri, per dirne una, prende in prestito una famosa frase contenuta nel dramma teatrale A porte chiuse di Jean-Paul Sartre per parlare delle difficoltà relazionali che ci affliggono e del timore paralizzante del giudizio altrui. O, ancora: "Bisogna immaginare Sisifo felice" è, oltre che il titolo di una foto di Garcin, soprattutto l'inattesa esortazione che conclude il saggio Il mito di Sisifo di Albert Camus (a mio avviso un capolavoro; quantomeno un buon pendant alla scoperta delle immagini di Garcin).
Il personaggio mitologico di Sisifo si presta assai bene ad essere adottato come simbolo dell'insensato paradosso dell'esistenza umana a causa del suo celebre supplizio, che consisteva nel dover spingere in eterno su un monte un pesante macigno, che, una volta raggiunta la vetta, rotolava di nuovo a valle, rendendo vana ogni sua fatica.

Nell'impossibilità di trovare un senso ad una così impietosa e inconcludente condanna, non rimane che una cosa da fare: immaginarlo nonostante tutto felice, pur nella sua eterna pena. Al posto di Sisifo, nell'immagine di Garcin troviamo il nostro Signor Nessuno avvolto nel suo pesante cappotto nero, probabilmente un po' ansimante e bofonchiante per il fastidio della salita, e che, chissà perché, ci ispira un'istintiva simpatia: inutile dire che l'intento è quello di rappresentarci, uno per uno, con o senza il nostro "consenso informato".

E' così che Gilbert Garcin, dall'alto dei suoi quasi ottant'anni, sorride di sé e degli uomini nel momento stesso in cui, con impietose arguzia ed ironia, ne mette in scena le più misere debolezze; che, anche se potenzialmente drammatiche, costituiscono pur sempre l'essenza - croce e delizia - del nostro essere umani.

Serena Effe © 09/2007

POUR NOS AMIS GRECS

Όλα μπορούν να συμβούν.


Αφαιρετική αισθητική και βαθύς φιλοσοφικός στοχασμός αιχμαλωτίζεται καρέ- καρέ στο κλείστρο του Γκιλμπέρτ Γκαρσέν. Η όψιμη ενασχόλησή του με την Τέχνη πυροδότησε τις φωτογραφίες του με ακόμη περισσότερο πάθος, ένταση, αλλά ταυτόχρονα και φινέτσα. Αρετές που καθιέρωσαν το έργο του στον κόσμο της Τέχνης.



Μασσαλία. Ένας κύριος τυλιγμένος στο γκρι, σχεδόν άχρωμο πιά παλτό του ανεβαίνει στην ταράτσα του διαμερίσματός του. Λουσμένος απ’ το μεσογειακό φως στέκεται ακίνητος. Από μακριά φαίνεται ουδέτερος, καθημερινός. Μέχρι να αρχίσει να ισορροπεί στο ένα πόδι, να κλειδώνει το σώμα του σε ακροβατικές στάσεις και μετά πάλι να κάθεται σε μια καρέκλα ή να ατενίζει τον ορίζοντα άκαμπτος σαν ήρωας αρχαίας τραγωδίας. Και όλα αυτά υπό τα αδιάλειπτα «κλικ» της φωτογραφικής μηχανής του που αποθανατίζουν κάθε έκφραση, κάθε κίνηση του. Τι κι αν οι γείτονες μένουν άλαλοι; Για τον Γκιλμπέρτ Γκαρσέν η ταράτσα γίνεται ο καμβάς της Τέχνης του.

Στο ατελιέ του, ο Γκαρσέν θα κόψει το πορτρέτο που τράβηξε στην ταράτσα, θα το στερεώσει πάνω σε ένα τραπέζι καλλυμένο με άμμο και εν συνεχεία με τη βοήθεια ενός προτζέκτορα θα "οικοδομήσει" το τοπίο που θα περιβάλλει τον ήρωα και θα φωτογραφίσει ξανά. Το αποτέλεσμα εντυπωσιακό. Ξαφνικά, ο ήρωας θα βρεθεί να στέκεται ξυπόλητος, περικυκλωμένος από κενά ζευγάρια παπουτσιών στη φωτογραφία στο Άουσβιτς, στο έργο του με τίτλο "Ο Μάρτυρας". Θα σταθεί στο χείλος ενός σκοτεινού κτιρίου αντικρίζοντας από το βάθος να έρχεται επιτέλους το φως. Πάνω σε μια σχεδία θα κωπηλατήσει προς το Ακρωτήρι της Καλής Ελπίδας. Θα αντικρίσει την υπερμεγέθη ταυτότητά του, αλλά και την Μόνα Λίζα. Θα ανεβάσει το κουρτινάκι του παραθύρου του για να δει τον εαυτό του να απομακρύνεται στο έργο που τιτλοφορείται «Το Τέλος»...

Η αφαιρετική αισθητική των εικόνων του και η επιλογή της ασπρόμαυρης προσέγγισης πυροδοτούν μια υπόκωφη ένταση στο πολυεπίπεδο έργο του. Ντυμένη με χιούμορ και διάθεση αυτοσαρκασμού η εικόνα προσελκύει τον θεατή. Που όλο πλησιάζει. Έπειτα έρχεται η αμφισημία, όπως για παράδειγμα στο διάσημο έργο του «Η Τάξη του κόσμου» όπου δεν μπορείς να καταλήξεις αν ο ήρωας φέρνει την τάξη ισιώνοντας τις λωρίδες στο έδαφος ή αν αντίθετα τις ταράζει. Πέπλο- πέπλο «ξεφλουδίζονται» τα έργα του μέχρι να προσεγγίσεις τον πυρήνα τους και να έρθεις ενώπιον των πιο αγωνιωδών υπαρξιακών ερωτημάτων. Ο Χρόνος, η Δικαιοσύνη, η Επιλογή, το Βάρος, η Επίγνωση των ανθρώπινων δυνατοτήτων, η Ματαιότητα, η Γνώση, η Επικοινωνία, η Ταυτότητα είναι θέματα που επανέρχονται ξανά και ξανά. Καλλιτεχνικές εμμονές; «Έχω τις ίδιες εμμονές που έχουν όλοι οι άνθρωποι των 78 ετών» μας απαντά αφοπλιστικά ο Γκαρσέν.

Ουσιαστικά, κάθε έργο του αποτελεί φιλοσοφική τοποθέτηση "μεταφρασμένη" σε εικόνα. Η μεταφορική τους χροιά και το φιλοσοφικό υπόβαθρο των φωτογραφιών του έλκουν τους καλλιτεχνικούς διευθυντές που συχνά χρησιμοποιούν έργα του Γκαρσέν για να εικονογραφήσουν άρθρα της Monde Diplomatique, όπως και βιβλία φιλοσόφων.

Η τοποθέτηση του καλλιτέχνη σε κάθε ερώτημα που θέτει στον εαυτό του είναι τόσο προσωπική που τελικά γίνεται συλλογική. Η ταύτιση του θεατή είναι αναπόφευκτη. Γι’ αυτό και ο Πρωταγωνιστής στις φωτογραφίες, που δεν είναι άλλος από τον ίδιο τον καλλιτέχνη, επιλέχθηκε συνειδητά να μοιάζει τόσο άτονος, έτσι ώστε ο καθένας να μπορεί να προβάλει τον εαυτό του πάνω του, να μπορεί να «μπει στην θέση του», να γίνει τελικά ο ίδιος ήρωας του έργου.

«Εγώ είμαι ένας απλός ηθοποιός, όπως στις κινηματογραφικές ταινίες ή στο θέατρο. Τον χαρακτήρα θα μπορούσε να υποδυθεί κάποιος άλλος (αυτό όμως δεν θα ήταν τόσο πρακτικό για μένα!). Βέβαια, μπορεί κάποιος από καιρό εις καιρόν να βρει στο έργο μου και κάποιες αναφορές αυτοβιογραφικές» δηλώνει στο «Ε» ο Γκίλμπερτ Γκαρσέν. Έχει άραγε εκπλαγεί από την επιλογή κάποιου συλλέκτη; Από κάποια παράδοξη ταύτιση; «Ποτέ δεν εκπλήσσομαι από τις επιλογές των συλλεκτών. Η επιλογή τους βασίζεται στον τρόπο που επιλέγει να ταυτιστεί ο καθένας. Πρόσφατα μάλιστα, στην έκθεση “Paris-Photo” ένας συλλέκτης που επέλεξε 4 εικόνες γυρίζει και λέει στην σύζυγό του: «αυτές οι 4 εικόνες είναι η τέλεια απεικόνιση του ευατού μου». Εκείνη δεν απάντησε!»

Στις φωτογραφίες του, ο Γκαρσέν δεν είναι μόνο ηθοποιός, είναι σεναριογράφος και σκηνοθέτης μαζί. Επιρροή ίσως από τα παιδικά του χρόνια, τότε που παρακολουθούσε αχόρταγα ταινίες στον κινηματογράφο των αδερφών Λουμιέρ. Με σπουδές στη Διοίκηση Επιχειρήσεων ο Γκαρσέν παρέκκλινε αρχικά της Τέχνης. Ίσως και όχι. Η “Artel-Luminaires”, η εταιρία που ίδρυσε και διατήρησε για χρόνια ήταν η πρώτη που εξειδικεύτηκε στη δημιουργία φωτιστικών και στην εισαγωγή ιδιαίτερων κομματιών που να ενσωματώνονται αρμονικά στην αισθητική και το στιλ κάθε χώρου.

Με την συνταξιοδότησή του, σε ηλικία 65 ετών, ένα νέο κεφάλαιο ανοίγει στη ζωή του: η Φωτογραφία. «Σε εβδομήντα χρόνια έχει συλλέξει κανείς δεκάδες χιλιάδες αναμνήσεις, έχει κατά κάποιον τρόπο μια σοφίτα μες το μυαλό του. Στοιβαγμένα πράγματα που ξαφνικά αναδύονται και πάλι» έχει δηλώσει στο παρελθόν ο καλλιτέχνης.

Σε έναν τοπικό διαγωνισμό κερδίζει το έπαθλο, την εβδομαδιαία μαθητεία δίπλα στον Πασκάλ Ντολεμιέ. Εκείνος θα τον μυήσει στα μυστικά του φωτογραφικού μοντάζ. Μέσα σε τρία χρόνια (1990-1993) ο Γκαρσέν δημιουργεί πάνω από είκοσι έργα. Το 1998 στο “Braga”, ένα σημαντικό καλλιτεχνικό γεγονός στην Πορτογαλία η Τέχνη του Γκαρσέν αρχίζει πλέον να αναγνωρίζεται: ένα από τα έργα του θα επιλεχθεί ως εξώφυλλο της έκθεσης, ενώ το μουσείο που φιλοξενούσε την έκθεση θα αγοράσει και κάποιες από τις φωτογραφίες του για την συλλογή του! Έκτοτε, τα έργα του συμμετέχουν στα σπουδαιότερα καλλιτεχνικά δρώμενα της πατρίδας του, όπως και του εξωτερικού. Τελικά, ο Γκαρσέν, ως άλλος Σίσσυφος -ένα από τα αγαπημένα του θέματα εξάλλου- δεν μπορεί, παρά να συμφωνεί με τον Καμύ που προτείνει να σκεφτόμαστε τον ήρωα της μυθολογίας χαρούμενο, γιατί παρά την δίχως τέλος εργασία του αψηφά τον θάνατο απολαμβάνοντας την ζωή του στο έπακρο.


*Το Βιβλίο του Gilbert Garcin "Tout peut arriver" κυκλοφορεί από τις εκδόσεις Filiganes (www.filigranes.com)


Κείμενο απ' τη Μελίνα Σιδηροπούλου
Εκδιδόμενο απ' τον Epsilon Magazine of Kyriakatiki Eleftherotypia